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Vous démolissez une vieille annexe adossée au mur qui vous sépare du voisin, et quelques semaines plus tard, celui-ci se plaint de traces d’humidité sur ce mur. Peut-il vous en tenir pour responsable ? La question, fréquente en Wallonie où le bâti mitoyen est la règle, se situe à la croisée de la technique et du droit. Voici les bons réflexes pour éviter le conflit et, s’il survient, le traiter sereinement.
Précision utile avant d’entrer dans le détail : cet article donne des repères généraux et ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est particulière ; en cas de litige, l’avis d’un professionnel du droit, avocat ou notaire, et d’un expert du bâtiment reste indispensable.

Dans le bâti mitoyen, démolir une construction adossée à un mur commun peut exposer ce mur aux intempéries. La question de l’humidité qui en résulte chez le voisin mêle responsabilité et étanchéité.
Le cas type : une annexe démolie, un mur exposé
Le scénario est classique. Une annexe, un appentis ou une véranda est adossé depuis des années au mur qui longe la limite de propriété. En protégeant ce mur de la pluie, cette construction jouait, sans qu’on y pense, un rôle d’abri. Une fois l’annexe démolie, le mur se retrouve directement exposé aux intempéries. Si sa face n’est pas conçue pour recevoir la pluie battante, l’eau peut alors pénétrer et provoquer des remontées d’humidité, parfois côté voisin. Le litige naît de cette « rupture » d’une situation qui durait depuis longtemps.
La difficulté tient à ce que personne n’a mal agi de façon évidente : vous avez démoli une construction vous appartenant, sur votre terrain. Reste que le voisin subit un dommage réel. C’est précisément ce type de situation que le droit encadre, comme on le verra plus bas. Pour comprendre les droits sur un mur commun, notre article sur la question de savoir si votre voisin peut construire sur votre mur apporte un éclairage complémentaire.
Le dialogue et le constat avant tout
On choisit son bien, rarement ses voisins, et les relations peuvent se tendre vite. Avant toute escalade, le dialogue reste la meilleure option : expliquer la situation, reconnaître le problème s’il est avéré et chercher une solution commune coûte presque toujours moins cher qu’une procédure. Un constat objectif de l’origine des infiltrations, idéalement contradictoire, est le point de départ : il évite les procès d’intention et permet de discuter sur des faits.
Idéalement, ce constat aurait dû être anticipé : réaliser un état des lieux du mur mitoyen et des biens voisins avant la démolition est une précaution précieuse, car elle établit l’état initial et facilite l’attribution des désordres apparus ensuite.
Les assurances à mobiliser
Plusieurs contrats peuvent entrer en jeu, et il est fréquent que chaque partie active le sien. Une réunion entre experts des différentes compagnies sert alors à déterminer la cause exacte des entrées d’eau.
Dégâts des eaux et protection juridique
Le voisin sinistré peut déclarer le dommage à son assurance dégâts des eaux, qui mandatera un expert pour constater. De votre côté, c’est votre assurance protection juridique, ou défense en justice, qui prend en charge les frais nécessaires pour vous défendre et, le cas échéant, mandater votre propre expert. Ces garanties, souvent incluses dans l’assurance habitation, sont précieuses pour ne pas affronter seul une expertise.
L’assurance Tous Risques Chantier
Si vous aviez souscrit une assurance Tous Risques Chantier pour vos travaux, celle-ci couvre notamment les dommages et les conflits avec les voisins survenant pendant le chantier. C’est l’un des intérêts majeurs de ce contrat, souvent négligé pour les petits chantiers de démolition, mais très utile dès qu’un mur mitoyen est concerné.
Deux cas de figure pour l’étanchéité
Au fond, l’expertise cherche à répondre à une question simple : le mur du voisin était-il, ou non, protégé avant les travaux ?
L’étanchéité existait et a été endommagée
Si le mur voisin disposait d’une étanchéité ou d’un revêtement protecteur et que la démolition l’a endommagé, la réparation vous incombe, avec le recours de votre entrepreneur qui a exécuté les travaux. Il faut alors remettre en état cette protection pour rétablir la situation antérieure. La question annexe consiste à comprendre pourquoi l’étanchéité a cédé, ce qui peut aussi engager la responsabilité de l’entreprise.
Il n’y avait pas d’étanchéité : la rupture d’équilibre
Si le mur n’était pas protégé et qu’il ne le devait à sa configuration que grâce à l’annexe, on entre dans la logique de la « rupture d’équilibre » entre deux propriétés. L’annexe procurait un avantage de fait ; sa disparition prive le voisin de cette protection. La solution technique passe alors par la mise en place d’une protection adaptée du mur exposé, comme un enduit hydrofuge, un bardage ou un dispositif de drainage, à discuter selon la configuration. Sur le volet technique, notre article sur les membranes d’étanchéité détaille les solutions possibles.
Ce que dit le principe des troubles de voisinage
Le droit belge connaît une théorie ancienne, désormais inscrite dans le Code civil : celle des troubles de voisinage. Depuis l’entrée en vigueur du Livre 3 « Les biens » le 1er septembre 2021, l’article 3.101 du Code civil pose un principe d’équilibre entre fonds voisins. Le propriétaire ou l’occupant qui cause à son voisin un trouble excédant les inconvénients normaux du voisinage doit compenser la rupture de cet équilibre. C’est une responsabilité sans faute : il n’est pas nécessaire d’avoir commis une négligence, il suffit que le trouble soit objectivement anormal.
Le texte prévoit plusieurs remèdes possibles, laissés à l’appréciation du juge : une indemnité compensant le trouble excessif, le remboursement des mesures compensatoires que le voisin a dû prendre, ou encore l’obligation de mesures pour ramener le trouble à un niveau normal. Lorsqu’un trouble résulte de travaux autorisés par le propriétaire, il lui est en principe imputable. Face à ces notions, l’accompagnement d’un avocat ou d’un notaire est vivement conseillé ; un notaire pourra notamment éclairer les droits et servitudes attachés au mur mitoyen.
Prévenir le litige, étape par étape
Mieux vaut anticiper que réparer. Voici la marche à suivre pour aborder sereinement la démolition d’une construction adossée à un mur mitoyen.
- Étape 1 — Avant de démolir, faire réaliser un état des lieux, idéalement contradictoire, du mur mitoyen et des biens voisins.
- Étape 2 — Vérifier le statut du mur (mitoyen ou privatif) et les règles d’urbanisme applicables à la démolition.
- Étape 3 — Prévenir le voisin en amont et privilégier le dialogue sur la solution à apporter au mur exposé.
- Étape 4 — Souscrire, pour le chantier, une assurance adaptée comme la Tous Risques Chantier lorsqu’un mur commun est concerné.
- Étape 5 — En cas de plainte, déclarer à son assurance protection juridique et laisser les experts constater la cause.
- Étape 6 — Rétablir une protection adaptée du mur exposé et, en cas de désaccord persistant, consulter un professionnel du droit.
| Assurance | Ce qu’elle couvre | Qui la mobilise |
|---|---|---|
| Dégâts des eaux | Les dommages liés à l’eau chez l’assuré | Le voisin sinistré (chacun la sienne) |
| Protection juridique | Les frais de défense et d’expertise en cas de litige | Vous, pour vous défendre |
| Tous Risques Chantier | Les dommages et conflits liés au chantier, voisins compris | Le maître d’ouvrage, pendant les travaux |
Questions fréquentes
Cela dépend. Si vos travaux ont endommagé une étanchéité existante, la réparation vous incombe. Sinon, le principe des troubles de voisinage peut malgré tout jouer. Un avis juridique est recommandé.
C’est la logique des troubles de voisinage, inscrite à l’article 3.101 du Code civil. Un trouble excédant les inconvénients normaux du voisinage doit être compensé, même sans faute.
L’assurance dégâts des eaux du voisin, votre protection juridique pour la défense, et, si elle a été souscrite, l’assurance Tous Risques Chantier du chantier.
Oui, c’est fortement recommandé. Un état des lieux contradictoire établit l’état initial du mur et facilite l’attribution des désordres apparus ensuite.
Selon la configuration, par un enduit hydrofuge, un bardage ou un dispositif de drainage. Un professionnel du bâtiment déterminera la solution adaptée.
L’essentiel à savoir :
- Démolir une annexe adossée à un mur mitoyen peut exposer ce mur et provoquer de l’humidité chez le voisin.
- Le dialogue et un état des lieux, idéalement contradictoire, sont les premiers réflexes.
- Trois assurances peuvent intervenir : dégâts des eaux, protection juridique et Tous Risques Chantier.
- Si une étanchéité a été endommagée, sa réparation vous incombe ; sinon, la rupture d’équilibre peut s’appliquer.
- Les troubles de voisinage (article 3.101 du Code civil) sont une responsabilité sans faute : un avis juridique est conseillé.









