Table des matières
- Ce que le marquage CE dit, et ce qu’il ne dit pas
- La déclaration des performances, le document qui décide
- Le cas d’école : la brique gélive
- Ce que le cahier des charges wallon exige en plus
- Comment vérifier un produit avant de le commander
- Questions fréquentes
- Conclusion
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L’essentiel. Un matériau peut être parfaitement conforme et malgré tout inadapté à votre chantier. Le marquage CE n’est pas un label de qualité : c’est la signature du fabricant, qui déclare des performances mesurées selon une norme. Le document qui décide, c’est la déclaration des performances, et elle se demande avant la commande, pas quand la palette est déjà sur le trottoir. La brique gélive en est le cas d’école : deux minutes de lecture au bon moment, ou une façade qui s’effrite après cinq hivers.
Ce que le marquage CE dit, et ce qu’il ne dit pas
Une déclaration du fabricant, pas un label de qualité
Le marquage CE d’un produit de construction repose sur une norme européenne harmonisée ou sur une évaluation technique européenne. En l’apposant, le fabricant engage sa responsabilité sur deux points : la conformité du produit aux performances qu’il a déclarées, et le respect des obligations du règlement européen applicable (Buildwise).
Lisez bien : conformité aux performances déclarées. Pas conformité à votre besoin. Un fabricant peut déclarer une performance médiocre sur une caractéristique donnée et apposer le marquage CE en toute légalité. Le sigle atteste d’une procédure, pas d’un niveau. C’est le contresens le plus répandu sur les chantiers, et il coûte cher parce qu’il donne un faux sentiment de sécurité.
La question utile n’est donc jamais « ce produit a-t-il le marquage CE », mais « quelles valeurs le fabricant a-t-il déclarées, et sont-elles suffisantes pour l’exposition de mon chantier ».
Où le marquage doit figurer
Le marquage doit être visible, lisible et indélébile, avec une hauteur minimale de cinq millimètres, et porter le nom du fabricant, son numéro d’identification, l’année de première apposition et la référence aux spécifications techniques appliquées. Quand la nature du produit ne le permet pas, il figure sur l’emballage ou sur les documents d’accompagnement.
Sur chantier, cela signifie une chose simple : le marquage se contrôle à la livraison, sur la palette ou sur le bon. S’il est absent, le produit n’a rien à faire dans l’ouvrage, et ce contrôle prend trente secondes.
La déclaration des performances, le document qui décide
Ce qu’elle contient
Avant d’apposer le marquage CE, le fabricant doit établir une déclaration des performances. C’est ce document, et non le sigle, qui porte l’information utile. Il est obligatoire dès que le produit relève d’une norme harmonisée ou d’une évaluation technique européenne (Buildwise).
Elle rassemble trois familles d’informations : les données générales, avec la référence du type de produit, le système d’évaluation appliqué et la norme ou l’évaluation technique de référence ; les données propres au produit, dont l’usage prévu ; et surtout les performances déclarées, caractéristique par caractéristique.
Le piège du NPD
C’est là qu’apparaît la mention à repérer en priorité : NPD, pour « no performance determined », performance non déterminée. Elle signifie que le fabricant n’a rien mesuré ni déclaré sur cette caractéristique. Ce n’est pas une mauvaise note, c’est une absence de note. Sur une caractéristique qui compte pour votre usage, un NPD doit être traité comme un refus : soit le fabricant fournit la valeur, soit vous changez de produit.
La déclaration se demande au fabricant ou au négoce avant la commande, et elle est souvent téléchargeable sur le site du fabricant. Elle se lit en deux minutes, une fois qu’on sait quelle ligne regarder.
Deux palettes de briques filmées, posées sur la dalle d’un chantier en cours. C’est le dernier moment où un contrôle coûte encore zéro euro : le film est intact, rien n’est monté, et une livraison qui ne correspond pas à ce qui a été approuvé peut encore repartir. Une fois les briques réparties le long du mur et les premières rangées posées, la discussion ne porte plus sur un échange mais sur une dépose. Notez qu’ici aucune étiquette n’est lisible depuis ce point de vue : c’est précisément ce qu’il faut aller chercher sur la palette avant de signer le bon.
Le cas d’école : la brique gélive
La brique de parement illustre parfaitement le mécanisme, parce que la caractéristique qui décide de sa durée de vie ne se voit pas à l’oeil.
Pourquoi une brique éclate
Toute brique absorbe de l’eau, selon sa composition et son réseau de microfissures. Cette porosité devient un problème quand la brique est gélive : lors des cycles de gel et de dégel, l’eau contenue dans les pores augmente de volume et la résistance mécanique du matériau ne suffit plus. Le résultat se voit après quelques hivers, sous forme d’éclats dans les angles ou de plaquettes qui se détachent en façade. La réparation ne passe pas par un produit d’entretien : elle passe par le remplacement des briques touchées.
Les classes de la norme et la mesure belge
La norme produit européenne, la NBN EN 771-1, classe la résistance au gel en trois niveaux : F0 pour une exposition passive, F1 pour une exposition modérée, F2 pour une exposition sévère. En Belgique, où la façade prend la pluie battante et les alternances de gel, la classe F2 est la référence pour une maçonnerie de parement.
La Belgique dispose en outre d’une méthode d’essai propre, plus sévère que le seul classement européen : la NBN B 27-009/A2, qui soumet la brique à un essai de gélivité direct de vingt cycles à moins quinze degrés. Une brique qui en ressort sans dégât visible relève du code 0.
| Caractéristique | Où la lire | Valeur à viser pour un parement en Belgique | Ce qui arrive si on ne vérifie pas |
|---|---|---|---|
| Résistance au gel | Déclaration des performances, référence NBN EN 771-1 | Classe F2, exposition sévère | Éclats et plaquettes détachées après quelques hivers |
| Essai de gélivité direct | Fiche technique, référence NBN B 27-009/A2 | Aucun dégât visible après 20 cycles à -15 °C | Classement européen tenu pour suffisant à tort |
| Teneur en sels solubles actifs | Déclaration des performances | Classe S2 | Efflorescences blanches sur une façade neuve |
| Absorption d’eau | Déclaration des performances | À croiser avec l’exposition de la façade | Façade qui reste humide et se salit vite |
| Marquage CE | Produit, étiquette, emballage ou bon de livraison | Présent et correspondant au produit approuvé | Produit substitué en cours de commande sans que personne ne le voie |
Ce que le cahier des charges wallon exige en plus
Le cahier des charges type Bâtiments de la Wallonie s’appuie sur cette méthode. Pour une maçonnerie de parement en briques de terre cuite, il exige une résistance au gel élevée, contrôlée par cet essai, et il ajoute une seconde exigence que les particuliers ignorent presque toujours : la teneur en sels solubles actifs doit relever de la classe S2 (CCTB, chapitre 21.31.1). C’est cette seconde caractéristique qui commande une bonne partie des efflorescences blanches qui apparaissent sur une façade neuve.
Le même cahier des charges pose une règle de procédure qui vaut pour tout chantier, y compris privé : l’entrepreneur soumet un échantillon, la fiche technique et la déclaration des performances du matériau à l’approbation de l’auteur de projet et du maître de l’ouvrage. Exiger la déclaration n’est donc pas une lubie de client tatillon, c’est la pratique de référence. Le principe vaut au-delà de la brique, pour tous les matériaux du mur creux traditionnel comme pour les isolants.
Un mot sur le cadre, parce qu’il bouge. Le marquage CE et la déclaration des performances relèvent aujourd’hui du règlement européen en vigueur sur les produits de construction. Un nouveau texte, le règlement (UE) 2024/3110, a été adopté le 27 novembre 2024 et remplacera le précédent au terme d’une transition étalée sur plusieurs années. Les principes décrits ici, déclaration du fabricant et performances mesurées selon une spécification technique, ne changent pas ; les modalités et le calendrier se vérifient sur le texte officiel.
Comment vérifier un produit avant de le commander
- Étape 1 — Identifier la caractéristique qui décide pour votre usage
Résistance au gel pour un parement, réaction au feu pour un isolant, résistance à la compression pour un bloc porteur. Une seule caractéristique commande la durabilité dans la plupart des cas.
- Étape 2 — Demander la déclaration des performances avant la commande
Au fabricant ou au négoce, ou sur le site du fabricant. Le document est gratuit et se lit en deux minutes. Après livraison, il est trop tard pour changer d’avis sans frais.
- Étape 3 — Repérer les mentions NPD
Une performance non déterminée sur la caractéristique qui vous intéresse équivaut à une absence d’information. Exigez la valeur ou changez de produit.
- Étape 4 — Comparer la valeur déclarée à l’exposition réelle
Une façade wallonne battue par la pluie n’est pas une cloison intérieure. La classe suffisante pour l’une ne l’est pas pour l’autre.
- Étape 5 — Faire inscrire l’exigence au devis
La classe visée doit figurer dans la description des travaux, pas seulement dans une conversation. C’est ce qui permet de refuser une livraison non conforme.
- Étape 6 — Contrôler le marquage CE à la livraison
Sur le produit, l’étiquette, l’emballage ou les documents d’accompagnement. Vérifiez que la référence correspond au produit approuvé et non à un équivalent substitué en cours de commande.
- Étape 7 — Conserver les documents
Déclaration des performances, fiches techniques et bons de livraison se rangent avec le dossier du chantier. En cas de désordre, ce sont eux qui établissent ce qui avait été convenu.
Questions fréquentes
Non. Il atteste que le fabricant a suivi la procédure d’évaluation applicable et qu’il engage sa responsabilité sur les performances qu’il déclare. Rien n’oblige ces performances à être élevées. Deux produits également marqués CE peuvent afficher des niveaux très différents sur la même caractéristique : c’est la déclaration des performances qui le dit, pas le sigle.
Elle est en général téléchargeable sur le site du fabricant, dans la fiche du produit. À défaut, elle se demande au négoce ou au fabricant, qui est tenu de la fournir. Sur un chantier avec architecte, elle fait normalement partie des documents soumis pour approbation avant commande.
No performance determined, performance non déterminée. Le fabricant n’a pas évalué cette caractéristique. Ce n’est pas illégal, mais si la caractéristique compte pour votre usage, l’information manque et le produit ne peut pas être considéré comme apte à l’emploi sur ce point.
La classe la plus sévère de la norme produit, correspondant à une exposition sévère, est la référence pour une maçonnerie de parement sous notre climat. Le cahier des charges wallon va plus loin en demandant un essai de gélivité direct selon la méthode belge. Faites préciser la classe dans le devis plutôt que de la supposer.
C’est le motif classique de litige, et c’est pour cela que l’échantillon, la fiche technique et la déclaration des performances doivent être approuvés avant commande. Si la livraison diffère, refusez-la avant la pose : une fois la façade montée, la discussion porte sur une dépose et non sur un échange.
Conclusion
Vérifier un matériau avant de le commander tient en deux gestes : demander la déclaration des performances, et lire la ligne qui correspond à l’exposition réelle de l’ouvrage. Pour une brique de parement en Belgique, cette ligne s’appelle résistance au gel, et la bonne réponse est la classe la plus sévère, confirmée si possible par l’essai belge. Le marquage CE se contrôle ensuite à la livraison, en trente secondes. Ce sont les deux seuls contrôles qui séparent une façade qui tient quarante ans d’une façade qui s’écaille au cinquième hiver, et ils ne coûtent rien.
L’essentiel à savoir :
- Le marquage CE n’est pas un label de qualité : il atteste que le fabricant engage sa responsabilité sur les performances qu’il a déclarées.
- Le document utile est la déclaration des performances, à demander avant la commande et non à la livraison.
- La mention NPD signifie que la caractéristique n’a pas été évaluée : sur un point qui compte pour l’usage, elle vaut refus.
- Pour une brique de parement en Belgique, viser la classe de résistance au gel la plus sévère, et si possible l’essai belge NBN B 27-009/A2.
- Le cahier des charges wallon exige aussi la classe S2 pour les sels solubles, cause fréquente des efflorescences sur une façade neuve.








